Le cheminement du héros:Initiation:2.RencontreAvecLaDéesse

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jlFromLannion
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Le cheminement du héros:Initiation:2.RencontreAvecLaDéesse

Post by jlFromLannion » Sun Nov 18, 2007 11:52 am

Ce billet fait partie de ceux consacrés au cheminement du héros (billet d'introduction), dont les différentes étapes sont:

CHAPITRE I: LE DEPART
1.L'appel de l'aventure
2.Le refus de l'appel
3.Une aide surnaturelle
4.Le passage du premier palier
5.Le ventre de la baleine

CHAPITRE II: L'INITIATION
1.La route des épreuves
2.La rencontre avec la déesse
3.La femme comme tentatrice
4.Réconciliation avec le père
5.Apothéose
6.La récompense ultime

CHAPITRE III: LE RETOUR
1.Le refus du retour
2.La fuite magique
3.L'aide du monde extérieur
4.Le passage du palier du retour
5.Le maître des deux mondes
6.La liberté de vivre

Il fait suite au billet intitulé, "Le cheminement du héros: Initiation: 1.La route des épreuves"

The hero with a thousand faces
p. 109
L'aventure ultime, quand tous les obstacles et tous les ogres ont été surmontés, est communément représentée par un mariage mystique (hieros gamos) de l'âme-héros triomphante avec la Reine Déesse du Monde.
The hero with a thousand faces
p. 113
La figure mythologique de la Mère Universelle attribue au cosmos les attributs féminins de la présence première, nourricière et protectrice. Ce fantasme est à la base spontané; car il existe une correspondance étroite et évidente entre l'attitude du jeune enfant vis à vis de sa mère et celle de l'adulte vis à vis du monde matériel qui l'entoure. Mais il y eut aussi, dans de nombreuses traditions religieuses, une utilisation pédagogique consciemment contrôlée de cette image archétypale dans le but de purger, d'équilibrer, et d'initier l'esprit à la nature du monde visible.
Dans les recueils tantriques de l'Inde médiévale et de l'Inde moderne, la demeure de la déesse est appelée Mani-dvipa, "L'île aux Joyaux". Sa couche-trône repose là, au milieu d'un verger d'arbres qui exaucent les voeux. Les plages de l'île sont d'un sable d'or. Elles sont baignées par les eaux tranquilles de l'océan formé par le nectar de l'immortalité. La déesse est rouge du feu de la vie; la terre, le système solaire, les galaxies qui s'étendent à l'infini, tout a pris forme dans sa matrice. Car elle est la créatrice du monde, mère pour l'éternité, vierge pour l'éternité. Elle englobe tout ce qui est, elle nourrit tout ce qui nourrit, et est la vie de tout ce qui vit.
Elle est aussi la mort de tout ce qui meurt. Le cycle entier de la vie est accompli sous son contrôle, de la naissance à la scénescence, en passant par l'adolescence et la maturité, et ce jusqu'au tombeau. Elle est aussi bien la matrice que le tombeau: la truie qui mange sa portée. Elle unit ainsi le "bon" et le "mauvais", manifestant les deux visages de la mère telle qu'elle est présente dans les souvenirs, non seulement en tant que personne, mais également dans son aspect universel. On attend du fidèle qu'il contemple ces deux aspects avec la même équanimité. Par cet exercice, son esprit, purgé des sentimentalités et des ressentiments infantiles et inappropriés, s'ouvre à l'impénétrable présence qui existe, non pas sous son aspect premier du "bon" et du "mauvais" qui correspond à une vision humaine puérilement confortable , à ses blessures et à ses afflictions, mais comme loi et représentation de la nature de ce qui est.
Le grand mystique hindou du siècle dernier, Ramakrishna (1836-1886), était prêtre dans un temple nouvellement érigé en l'honneur de la Mère Cosmique, à Dakshineswar, une banlieue de Calcutta. L'icône du temple représentait la divinité simultanément dans ses deux aspects, dans son aspect terrible et dans son aspect bénéfique. Ses quatre bras exhibaient les symboles de sa puissance universelle: la main gauche, en haut, brandissant un sabre ensanglanté, celle du bas tenant par les cheveux une tête humaine tranchée; la main droite, en haut, levée dans un geste signifiant "n'ayez pas peur", celle du bas étendue pour bénir. Elle portait en guise de collier une guirlande de têtes humaines; son kilt était une ceinture de bras humains; sa langue, tirée, pour pouvoir lécher le sang. Elle représentait la Puissance Cosmique, la totalité de l'univers, l'harmonisation de toutes les paires d'opposés, combinant merveilleusement la terreur d'une destruction absolue avec un réconfort impersonnel bien que maternel. Tout comme le changement, le cours du temps et la fluidité de la vie, la déesse crée, préserve et détruit tout à la fois. Son nom est Kali, la Ténébreuse; Son titre: le bac qui fait traverser l'Océan de l'Existence.
Un après-midi tranquille, Ramakrishna observa une femme magnifique remontant du Gange et approchant du bosquet où il était en train de méditer. Il se rendit compte qu'elle était sur le point de donner naissance à un enfant. En peu de temps, l'enfant fut né et elle le nourrit tendrement. Mais, soudainement, elle revêtit un aspect horrible, prit l'enfant entre des machoires à présent menaçantes, le broya et le mâcha. L'ayant avalé, elle s'en fut à nouveau dans le Gange, où elle disparut.
Seuls des êtres exceptionnels capables de la plus haute réalisation peuvent supporter la pleine révélation du caractère sublime de cette déesse. Pour les hommes ordinaires , elle réduit son éclat et s'autorise à apparaître sous des aspects correspondant à leurs capacités restreintes. L'embrasser pleinement serait un terrible accident pour toute personne non préparée spirituellement [...].
La femme, dans le langage imagé de la mythologie, représente la totalité de ce qui peut être connu. Le héros est celui qui vient pour connaître. Alors qu'il progresse dans cette lente initiation qu'est la vie, la forme de la déesse va subir à ses yeux une série de transfigurations: elle ne peut jamais être plus grande que lui-même, quoiqu'elle puisse toujours promettre davantage que ce qu'il est capable, à un moment donné, de comprendre. Elle le leurre, le guide, l'incite à briser les chaînes. Et s'il est capable d'être à la hauteur de ce qu'elle apporte, tous deux, celui qui sait et ce qui est su, seront libérés de toutes leurs limitations. La femme est le guide vers la sublime apogée de l'aventure sensuelle. Par des yeux qui ne savent voir, elle est réduite à des états inférieurs; par l'oeil malfaisant de l'ignorance, elle est perçue comme banalité et laideur. Mais les yeux de la compréhension lui apportent la rédemption. Le héros qui sait l'accepter comme elle est, sans en être indûment perturbé, mais avec la bonté et l'assurance dont elle a besoin, est potentiellement le roi, le dieu incarné, du monde qu'elle a créé.
The hero with a thousand faces
p. 118
La rencontre avec la déesse (qui est incarnée dans chaque femme) est le test final pour le talent du héros à gagner la bénédiction de l'amour (charité: amor fati), qui est la vie elle-même, vécue dans la joie comme le vêtement de l'éternité.
Et quand l'aventurier, dans ce contexte, n'est pas un jeune homme, mais une jeune fille, elle est celle qui, par ses qualités, sa beauté, ou son envie, est destinée à devenir l'épouse d'un immortel. Alors l'époux céleste descend jusqu'à elle et la conduit jusqu'à sa couche - qu'elle le veuille ou non. Et si elle l'avait rejeté , alors les écailles lui tombent des yeux; si elle l'avait recherché, son désir est apaisé.
La fillette Arapaho qui avait suivi le porc-épic le long de l'arbre sans fin fut attirée jusqu'au campement du peuple du ciel. Là-bas, elle devint l'épouse d'un jeune homme céleste. C'était lui qui, sous l'apparence du porc-épic, l'avait attiré jusqu'à sa résidence surnaturelle.
La fille du roi du conte pour enfant, le jour suivant l'aventure du puit, entendit des coups sourds frappés à la porte du château: la grenouille était venue pour qu'elle tienne sa promesse. Et malgré sa forte répulsion, il put la suivre à table jusqu'à sa chaise, partagea sa nourriture dans sa petite assiette dorée et dans sa tasse, et insista même pour aller dormir avec elle dans son petit lit soyeux. Dans un accès de colère, elle le ramassa et l'envoya voler contre le mur. Quand il retomba, ce n'était plus une grenouille mais le fils d'un roi doté d'yeux doux et magnifiques. La suite nous apprend qu'ils se marièrent et qu'il furent conduit dans un magnifique carosse dans le royaume du jeune homme, où ils furent sacrés roi et reine.

L'étape suivante de ce cheminement est décrite dans le billet:
Le cheminement du héros:Initiation: 3.La femme comme tentatrice
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