Le cheminement du héros: Retour: 5.Le maître des deux mondes

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jlFromLannion
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Le cheminement du héros: Retour: 5.Le maître des deux mondes

Post by jlFromLannion » Thu Mar 13, 2008 8:44 pm

Ce billet fait partie de ceux consacrés au cheminement du héros (billet d'introduction), dont les différentes étapes sont:

CHAPITRE I: LE DEPART
1.L'appel de l'aventure
2.Le refus de l'appel
3.Une aide surnaturelle
4.Le passage du premier palier
5.Le ventre de la baleine

CHAPITRE II: L'INITIATION
1.La route des épreuves
2.La rencontre avec la déesse
3.La femme comme tentatrice
4.Réconciliation avec le père
5.Apothéose
6.L'ultime récompense

CHAPITRE III: LE RETOUR
1.Le refus du retour
2.La fuite magique
3.L'aide extérieure
4.Le passage du seuil de retour
5.Le maître des deux mondes
6.La liberté de vivre

Il fait suite au billet intitulé, "Le cheminement du héros: Retour: 4. Le passage du seuil de retour"

The hero with a thousand faces, p. 229
La liberté de passer de part et d'autre de la division du monde, de passer de la perspective des manifestations du temps, à celle de la profondeur causale, et inversement - sans contaminer les principes de l'une avec ceux de l'autre, en permettant cependant à l'esprit de connaître l'une par le pouvoir de l'autre -, cette liberté est le talent du maître. Le danseur cosmique, déclare Nietzche, ne repose pas lourdement en un seul point, mais virevolte et saute, gai et léger, d'une position à une autre. Il est possible de ne parler que d'une perspective à un instant donné, mais cela n'invalide en rien ce qui a été révélé sur l'autre.
Les mythes ne révèlent pas souvent en une seule image le mystère de ce transport. Quand ils le font, le moment est un symbole précieux, riche d'enseignement, à chérir et contempler. La Transfiguration du Christ fut un tel moment.
"Jésus prit Pierre, Jacques et Jean son frère, les amena sur une haute montagne à l'écart, et fut transfiguré devant eux: et son visage brilla comme le soleil, ses habits d'un blanc de lumière. Et voilà qu'apparurent Elie et Moïse parlant avec lui. Pierre réagit alors, et dit à Jésus, Seigneur, cela est bon pour nous d'être ici: si telle est ta volonté, construisons ici trois tabernacles: ; un pour toi, un pour Moïse et un pour Elie. Voilà que pendant qu'il parlait ainsi, ils se retrouvèrent dans l'ombre d'un nuage éclatant: et voilà qu'une voix venue du nuage dit: Voici mon Fils bien-aimé, en qui repose ma satisfaction; écoutez-le. Et lorsque les disciples entendirent cela, ils se prosternèrent, en proie à un grand effroi. Alors Jésus vint, les toucha, et leur dit, Levez-vous, et n'ayez pas peur. Et quand ils levèrent les yeux, ils ne virent aucun homme, si ce n'est Jésus. Alors qu'ils redescendaient de la montagne, Jésus leur fit prendre un engagement et leur dit, Ne révélez cette vision à aucun homme, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit relevé d'entre les morts."
The hero with a thousand faces, p. 236
Les symboles ne sont que les véhicules de la communication; ils ne sont pas à confondre avec le terme final, la teneur, ou la référence. Peu importe qu'ils soient attirants ou impressionnants, ils ne demeurent que des moyens commodes, adaptés à la compréhension. En conséquence, la personnalité, ou les personnalités, de Dieu qu'il soit représenté en des termes trinitaires, dualistes ou unitaires, dans des termes polythéistes, monothéistes, ou hénothéistes, par des images ou par des mots, comme un fait documenté ou comme une vision apocalyptique, quand un coin du voile a été levé, ne devrait pas être lues ou interprétées de manière littérale. Le problème du théologien est de garder son symbole transparent, pour qu'il puisse irradier la lumière qu'il est supposé transporter."Car alors seulement connaissons-nous véritablement Dieu", écrit Saint Thomas d'Aquin, "quand nous croyons qu'Il est au-delà de tout ce que l'homme peut concevoir concernant Dieu". On trouve dans la "Kena Upanishad", dans le même esprit: "Savoir est ne pas savoir. Ne pas savoir est savoir." Confondre le véhicule et la teneur peut mener à un gaspillage non seulement d'encre, mais encore à un gaspillage, sans prix, de sang.
La chose suivante à observer est que la transfiguration de Jésus eut pour témoins des fidèles qui avaient éteint leurs volontés personnelles, des hommes qui avaient depuis longtemps renoncé à la "vie", "au destin personnel", à leur "destinée" par complète abnégation de soi en faveur du Maître. "Ni par les Vedas, ni par les pénitences, ni par les aumônes, ni même par sacrifice, il n'est possible de Me voir sous la forme sous laquelle tu viens de Me voir", déclara Krishna après avoir repris sa forme familière, "uniquement par dévotion envers Moi, est-il possible de Me voir sous cette forme, de réaliser pleinement, et d'entrer en Moi. Celui qui accomplit Mon office, et Me considère comme le but ultime, celui qui M'est dévoué et n'a de haine pour aucune créature, celui-là vient à Moi." Une formulation correspondante par Jésus l'évoque encore plus succinctement:"Quiconque perdra sa vie pour Moi la trouvera."
Le sens en est très clair; là est le sens de toute pratique religieuse. L'individu, par une discipline psychologique prolongée, abandonne complètement tout attachement à ses limitations personnelles, idiosyncrasies, peurs et espoirs, et ne résiste plus à l'annihilation de soi qui est le pré-requis de la renaissance dans la réalisation de la vérité, et devient mûr, à présent, pour la grande réunification. Ses ambitions personnelles étant totalement dissoutes, il ne s'efforce plus de vivre, mais mais s'ouvre de plein gré à tout ce qui pourrait passer par lui. C'est-à-dire qu'il devient un être anonyme. La Loi vit en lui avec un consentement sans restriction.
Nombreuses sont les figures, particulièrement dans les contextes sociaux et mythologiques de l'Orient, qui représentent cet état ultime de présence anonyme. Les sages dans leur retraite d'ermites, et les mendiants errants, qui jouent un rôle manifeste dans la vie et les légendes de l'Est; dans les mythes, les figures semblables au Juif Errant (méprisé, inconnu, bien qu'ayant dans sa poche une perle de grand prix); le mendiant en guenilles, sur qui on lâche les chiens; le miraculeux musicien de rue dont la musique apaise le coeur; ou les dieux adeptes des déguisements, tels, par exemple, Odin, Viracocha, et Edshu. Parfois un idiot, parfois un sage, parfois de port royal, parfois mendiant, parfois immobile comme un python, parfois doté d'une expression de bonté; parfois honoré, parfois insulté, parfois inconnu - ainsi vit l'homme de réalisation, constamment comblé d'une suprême félicité. Tout comme un acteur est toujours un homme, qu'il endosse le costume de son rôle, ou qu'il l'ait déposé, ainsi est le connaisseur parfait de l'Impérissable, toujours l'Impérissable et rien d'autre.
L'étape suivante de ce cheminement est décrite dans le billet:
"Le cheminement du héros: Retour: 6. La liberté de vivre"
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