Force du symbole dans la mythologie

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jlFromLannion
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Force du symbole dans la mythologie

Post by jlFromLannion » Thu Apr 03, 2008 10:03 am

Pathways to Bliss, p. 47
C'est à travers les symboles que les mythologies exercent leur magie. Le symbole fonctionne comme un bouton qui, de manière automatique, libère l'énergie et la canalise. Puisque les systèmes mythologiques de la planète incluent de nombreux symboles qui sont pratiquement universels , la question se pose: Pourquoi? Et comment le symbole en vient-il à être dirigé vers telle ou telle intention culturelle?
Et bien , ce sujet est plutôt délicat à déméler, mais je pense pouvoir le présenter dans ses grandes lignes.
Les symboles sont-ils pré-inscrits, à la naissance, dans la psychée, ou y sont-ils imprimés après coup? Les psychologues animaliers ont remarqué que si un aigle survole des poussins qui viennent d'éclore, et n'ont donc jamais vu d'aigle auparavant, ils courent se mettre à l'abri. Mais si un pigeon les survole, ils ne fuient pas. Des formes en bois ont été découpées de manière à imiter la forme d'un aigle. Quand ces formes, soutenues par un fil, sont tirées au-dessus des poussins, ils courent se mettre à l'abri. Si la même forme est tirée en sens inverse, ils ne fuient pas. Puisque de nos jours nous ne pouvons nous passer d'acronyme, ce phénomène est appelé un MDI, pour Mécanisme Déclencheur Inné, connu aussi sous le nom de réaction stéréotypée.
D'un autre côté, quand un caneton sort de son oeuf, la première forme en mouvement sur laquelle il pose les yeux devient, pour ainsi dire, son parent. Il s'attache lui-même à cette figure et, une fois en place, cet attachement ne peut plus être effacé. Ce processus de création de lien au moment de la naissance est connu sous le nom d'empreinte.
A présent, la question qui se pose concernant la psychée humaine est de savoir si ses réponses sont en majorité stéréotypées ou imprimées. La réponse stéréotypée, comme dans le cas de l'aigle et des poussins, est une relation "serrure-clé", comme si existait une image précise de l'aigle gravée dans le cerveau des poussins. Vous pourriez vous demander, Qui est responsable du stimulus? Est-ce le poussin qui n'a aucune expérience des aigles? Non. En fait, on pourrait dire que c'est l'espèce des poulets elle-même qui répond à ce stimulus.
La réaction du poussin face à un aigle réel ou fictif illustre ce que Jung appelle un archétype: un symbole qui libère de l'énergie en terme d'image collective. Ces poussins n'ont jamais fait l'expérience d'un aigle auparavant, et pourtant ils y répondent. Alors que le drôle de petit canard qui s'est attaché de lui-même à une mère-poule est tout à fait singulier dans son comportement. Il exprime une individualité et non un simple type. Le lien entre canard et poule est le résultat d'une empreinte.
Ce qui distingue les empreintes de quelque chose que vous avez simplement vu et qui vous a interessé est que les empreintes ont lieu à un moment unique où l'être est psychologiquement prêt, un moment unique qui ne dure qu'une fraction de minute. Une fois réalisée, l'empreinte est définitive et ne peut plus être effacée.
Il ressort des études que nous n'avons pas réussi à déterminer une quelconque image stéréotypée dans la psychée humaine. Par conséquent, pour notre discussion, nous devrons supposer qu'il n'y a pas d'images stéréotypées à déclenchement inné de grande importance dans la psychée humaine. Le facteur d'empreinte est le facteur dominant.
Dans ce cas-là, se pose alors la question, Comment se fait-il que ces symboles soient universels? Il est possible de voir dans les mythologies, dans les religions, dans les structures sociologiques de toute société les mêmes symboles. Si ceux-ci ne sont pas des MDI, présents de manière innée dans la psychée humaine, comment font-ils pour être à ce point présents?
Puisque ces symboles ne sont pas issus de mécanismes innés et qu'ils n'ont pu être transmis par le biais de la culture (les cultures variant de manière tellement large), il doit exister quelque ensemble constant d'expériences que partagent presque tous les individus.
Il ressort que ces expériences constantes se situent, en fait, dans la période de l'enfance. Ce sont les expériences de l'enfant concernant sa relation a) à la mère, b) au père, c) à la relation de ses parents, et finalement, d) au problème de ses propres transformations psychologiques. Ces expériences universelles donnent naissances aux Elementargedanken, les motifs constants des cultures du monde.
Pathways to Bliss, p. 96
Comme je l'ai dit, ces thèmes sont universaux. Bien sûr, on les retrouve avec diverses inflexions historiques ici ou là; tout comme on les retrouvera dans votre vie avec des inflexions différentes de celles de n'importe qui d'autre. Pour chaque symbole mythologique, il y a deux aspects à distinguer: l'universel et le local. Adolf Bastian a forgé les termes Elementargedanken et Völkergedanken pour décrire ces deux aspects.
J'ai découvert qu'en Inde les même deux aspects sont reconnus. Ils y sont respectivement appelés mārga et deśī. La racine de mārga renvoie à la trace que laisse un animal; il signifie "le chemin". Les Indiens veulent ainsi faire référence au chemin qu'emprunte l'aspect particulier d'un symbole pour vous mener à l'illumination personnelle; c'est le chemin de l'illumination. Deśī signifie "de la province". Tous les symboles mythologiques, par conséquent, fonctionnent dans deux direction, dans la direction de mārga et dans la direction de deśī. L'aspect local (deśī) relie l'individu à sa culture.
Une culture enracinée dans une mythologie met à votre disposition des symboles qui évoquent immédiatement votre participation; ce sont des connexions vitales, vivantes, qui vous relient à la fois au mystère sous-jacent et à la culture elle-même. Cependant, lorsque la culture utilise des symboles qui ne sont plus vivants, qui n'ont plus d'effet, cette connexion est coupée. La mārga, ou les Elementargedanken vous fournissent le chemin permettant de revenir au coeur du problème. Considérer le symbole dans sa dimension universelle, plutôt que dans sa dimension locale, spécifique, vous remet sur le chemin de la découverte de soi et de l'illumination.
La façon de trouver le mythe qui vous est propre est de déterminer ces symboles traditionnels qui vous parlent, et de les utiliser, pour ainsi dire, comme de bases de méditation. Laissez-les fonctionner sur vous.
Pathways to Bliss, p. 86
Quand Jung termina ce livre [Symboles de transformation], cela ne marqua pas pour autant la fin de ses réflexions sur le sujet. "A peine eus-je fini le manuscript", écrit Jung dans Une vie, "que je fus frappé par la prise de conscience de ce que cela signifie de vivre avec un mythe, et de ce que cela signifie de vivre sans..." Il se demanda alors selon quel mythe il vivait lui-même, et il réalisa qu'il n'en savait rien. "Alors, de la manière la plus naturelle, je pris l'engagement envers moi de déterminer mon mythe, et considéra cela comme la plus important de mes tâches."
Pathways to Bliss, p. 94
Quand ces symboles disparaissent, nous avons perdu le véhicule pour la communication entre la conscience de veille et notre vie spirituelle la plus profonde . Nous devons réactiver le symbole, pour le ramener à la vie, pour trouver ce qu'il signifie, et pour le relier à nous d'une manière ou d'une autre.
Que fit Jung quand il décida de rechercher son propre mythe? Il utilisa un processus de découverte intéressant de par son aspect tellement enfantin. Le voici, alors qu'il a environ 37 ans, en train de se demander: à quoi ai-je bien pu prendre le plus de plaisir quand j'étais petit garçon, et que l'on me laissait seul avec l'autorisation de jouer? Ce qui en sortit est que ce qu'il aimait, c'était assembler des caillous pour en faire de petites cités de pierre.
Bien, se dit-il, puisqu'à présent je suis un grand garçon, je vais jouer avec de grosses pierres. Il s'acheta une propriété dans un endroit magnifique près du lac en face de la ville de Zürich. Il commença à élaborer le plan d'une maison, se mit à la construire dans cet endroit adorable qu'est Ascona, et le fait de travailler avec ses mains fit qu'il activa son imagination.
Voilà ce qui est important, trouver un moyen d'activer votre imagination. Vous ne pouvez pas le faire en suivant les suggestions de quelqu'un d'autre. Vous devez trouver vous-même le sujet sur lequel votre inconscient veut méditer. Une fois son imagination activée, une foule de nouveaux fantasmes vinrent à Jung, des rêves de toutes sortes. Il commença à tenir un registre de ce à quoi il avait rêvé, puis l'amplifia en utilisant toutes sortes d'association.
De cette manière commenca le travail de découverte de son mythe. Il se rendit compte que ses rêves étaient en train de prendre beaucoup d'importance à ses yeux, et qu'ils devenaient très riches. Il commenca à écrire dans un petit journal ce qu'il rêvait. Il mit par écrit la moindre petite pulsion, chaque thème apparaissant dans ses rêves. Il enregistra les rêves de manière à les amener au niveau de sa conscience, et alors qu'il tenait le journal, les images sous-jacentes commencèrent à se révéler. Il dessina alors des images à partir de la matière de ces rêves - toujours d'une façon très solennelle. Il se trouve que ce livre est le genre de chose que tout un chacun ne souhaiterait pas voir publié. C'est bien trop privé. C'était pour lui une exploration faite de cérémonie et de rituels, de l'endroit d'où surgissait le mystère de sa vie.
Si vous tenez un journal de vos rêves, vous finirez par trouver que les rêves commencent à s'empiler en vous. Vous voudrez encore aller dormir pour avoir accès à davantage de choses.Et vous y trouverez une histoire en train de se construire. Bien entendu, il est nécessaire d'avoir un peu de temps libre pour cela.
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